Daily Archives: mars 15, 2015

Burano

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Burano est une très jolie île de la lagune nord, célèbre pour ses dentelles et ses maisons colorées. Le « point en l’air » typique de Burano fut inventé par une jeune fille de l’île. Son fiancé était parti pour un long voyage en Orient et il arriva qu’il dût traverser une mer habitée par les Sirènes. Trop amoureux pour céder à leurs appels ensorceleurs, il fut récompensé de sa fidélité par la reine des Sirènes qui lui offrit un voile de mariée fait d’écume de mer. Par la suite sa fiancée essaya de le copier à l’aide d’une aiguille et d’un fil. C’est ainsi que la dentelle est née.

Chaque maison de Burano est peinte d’une couleur différente afin que les pêcheurs puissent la reconnaître de loin. Ces couleurs donnent à l’île un charme tout particulier. Ne manquez pas de goûter les « buranelli », les gâteaux secs typiques de Burano.

Les habitants de Burano sont souvent moqués par les Vénitiens car ils vivent dans un certain isolement et parlent un dialecte qui traduit en images simplistes (poétiques?) les inventions technologiques. A titre d’exemple, les avions s’appellent coccai de fero, mouettes en fer.

Peinture

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Les Vénitiens n’aimaient que la couleur, contrairement aux Florentins qui préféraient le dessin. Peut-être parce que dans l’atmosphère voilée de Venise les formes sont moins nettes que sous le soleil direct de la Toscane, ou parce que dans cette ville sur l’eau la lumière invente sans cesse de nouveaux reflets. Mais il y avait aussi à cette préférence une raison pratique : les pigments les plus rares, comme le bleu outremer qui coûtait si cher ou le realgar qui était le seul pigment orange dont on disposait à la Renaissance,  provenaient d’Orient et transitaient obligatoirement par Venise avant de remonter vers l’Europe du Nord. Les peintres vénitiens n’avaient pas de problèmes d’approvisionnement et avaient constamment sous les yeux les plus belles couleurs du monde. C’est aussi par Venise que l’art byzantin, célèbre pour ses couleurs somptueuses, pénétra en Europe. Les mosaïques byzantines de la Basilique Saint-Marc, inspirèrent certainement la peinture vénitienne.

La création de l’espace par la perspective, qui passionnait les Florentins, ne suscita pas le même intérêt chez les Vénitiens. Pour eux l’espace n’était pas pas le résultat d’arides calculs géométriques mais une expérience sensuelle. C’étaient les couleurs qui étaient à la base de la composition et grâce à elles que s’instaurait un équilibre. Ils furent aussi les premiers en Italie à adopter la toile comme support de leurs œuvres, sans doute parce que leur industrie navale leur permettait de se la procurer facilement et que le climat humide et l’air marin de Venise entraînaient la dégradation rapide des fresques. Or, si le tableau de bois, plus fréquemment utilisé en Toscane et en Ombrie, présente une surface polie qui met en valeur la netteté du trait, la consistance rugueuse de la toile en revanche a tendance à rendre les contours imprécis. Le Tintoret renonça de plus aux épaisses couches de stuc qui permettaient de lisser la toile avant de l’utiliser, de sorte que la matière est perceptible par endroits, comme les coups de pinceau de l’artiste.

Les Vénitiens adoptèrent aussi très vite l’huile comme liant des pigments, de préférence au jaune d’oeuf. La transparence de la peinture à l’huile permet de passer plusieurs couches de couleurs, appelées « velature » qui jouent le rôle de filtres colorés et « voilent » les contours. Les peintres vénitiens aimaient aussi l’aspect sensuel de la peinture à l’huile, tel Titien qui, dit-on, peignait plus avec ses doigts qu’avec ses pinceaux.

Les Florentins reprochèrent toujours aux Vénitiens de ne pas savoir dessiner. En effet, dans la peinture vénitienne, souvent les peintres ne faisaient pas d’esquisses préparatoires et l’œuvre se créait au fur et à mesure qu’ils y travaillaient, comme le montrent des radiographies d’oeuvres où des personnages ont été effacés ou transformés. C’est le cas, par exemple, de La Tempête de Giorgione. Les Vénitiens auraient-ils aussi inventé, parmi tant d’autres choses, le concept de « work in progress »?

Littérature de Venise

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Voici quelques titres de livres que nous avons aimés, pour vous faire dècouvrir différents aspects de Venise.

L’autre Venise, Predrag Matvejevitch, éd. Fayard. Un très beau texte, qui s’attache à dévoiler ce qu’un visiteur pressé ne verra jamais de Venise, la salicorne qui pousse entre les pierres, les formes et le goût du pain, les noms des auberges. Une promenade poétique et intelligente.

Description de San Marco, Michel Butor, éd. Gallimard. Un choeur polyphonique où s’alternent les voix des touristes sur la Place et les descriptions des mosaïques de l’Ancien Testament, situées dans le narthex de la Basilique.

Les villes invisibles, Italo Calvino, éd. Le Seuil. A la cour de Kubilai Khan, Marco Polo décrit les villes qu’il a vues au long de ses voyages. Seule manque celle de sa naissance et pourtant elle les contient toutes, indicible, infinie.

Fable de Venise, Hugo Pratt, éd. Casterman. Une bande dessinée ésotérique pour découvrir en images les secrets de la Sérénissime.

Venise est un poisson, Tiziano Scarpa, éd. Christian Bourgois. Par un Vénitien, une réflexion vive et amusante sur ce que cela signifie aujourd’hui vivre à Venise, sur le décalage inévitable qui existe entre Venise et le monde contemporain.

Venise, portrait historique d’une cité, Ph. Braunstein et R. Delort, éd. Points-histoire. Ce livre est devenu un classique, il est très bien fait, agréable à lire et donne l’essentiel.

Venise triomphante, les horizons d’un mythe, Elisabeth Crouzet-Pavan, éd. Albin Michel. Un essai très documenté sur la façon dont Venise s’est érigée en mythe et a réécrit l’histoire à sa manière.

Dialecte vénitien

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Tout Vénitien parle à la fois l’italien dit « standard » et le dialecte vénitien, qu’il considère à tous les effets comme sa langue maternelle.

A l’oreille, ce dialecte peut sembler d’une grande douceur ou bien d’une grande mollesse. Certains l’ont même qualifié de langue sans colonne vertébrale. En effet les consonnes sont peu marquées, et les consonnes doubles jamais prononcées. Le R est très particulier, pas franchement roulé, un peu anglais, un peu français.

Et le lexique est souvent bien différent de l’italien. Surtout quand ce qui est désigné n’existe qu’à Venise et doit donc forcément être exprimé en vénitien! Où, ailleurs qu’à Venise, trouve-t-on le caigo, ce brouillard épais de novembre qui isole du monde? Et les castraure, ces petits artichauts des îles, au goût légèrement saumâtre? Quant au goto, verre à vin qui remplit bien la main, il est fabriqué ici, à Murano.

Et si vous ne comprenez pas les mots qui courent dans les rues, ce qui s’échange à votre insu entre deux gondoliers, ne vous étonnez pas, c’est parce que vous êtes un foresto, un étranger qui arrive du fond obscur de la forêt, un sauvage, en un mot un barbare, égaré dans cette terre de merveilles et de civilisation qu’est Venise. Mais ne vous vexez pas. Au regard d’un Vénitien nous sommes tous des foresti, le reste du monde n’est qu’une immense forêt que Venise a renoncé à civiliser il y a bien longtemps.