Histoire de Venise

Naissance de Venise

Comment est née Venise? A-t-elle surgi d’un seul coup des eaux, telle Vénus, dans le désert liquide de la lagune? C’est le mythe que les Vénitiens auraient voulu imposer, car ils estimaient que la naissance de leur ville avait inauguré une sorte d’ère nouvelle.

La réalité est pourtant tout autre. L’arrivée d’Attila en Vénétie poussa sans doute les populations du bord de mer à se réfugier dans la lagune où elles créèrent une première communauté de sauniers et de pêcheurs. Mais c’est surtout le déferlement des hordes lombardes en 568 qui entraîna une migration massive vers les îles de la lagune. Plusieurs petites villes se constituèrent alors, qui faisaient encore partie de l’empire byzantin.

Deux dates marquent la progressive indépendance de Venise. En 727 les habitants des lagunes s’opposèrent à l’empereur iconoclaste byzantin Léon III et se rangèrent aux côtés du pape, profitant de la situation pour élire leur propre chef (le doge). En 810, à la suite d’une délicate négociation entre l’empire franc, prêt à annexer les terres lagunaires, et Byzance qui tient à les garder, Venise obtient de rester dans l’empire byzantin, ce qui lui permet de continuer à bénéficier de la protection (heureusement lointaine) et des avantages commerciaux offerts par Byzance, et de consolider sa situation exceptionnelle de pont entre l’Orient et l’Occident. L’année 810 fut aussi celle où le siège du pouvoir passa de l’île de Malamocco aux îles Réaltines qui allaient constituer Venise. Devant la menace des invasions hongroises en l’an 900, les habitants commencent la construction d’une ville fortifiée, bien différente de celle que nous connaissons mais qui est la première esquisse de Venise.

Constantinople et Venise

Au IXème s. Venise entre dans une période de stabilité et d’expansion. Les rapports avec Constantinople ne sont plus placés sous le signe de la subordination mais reflètent simplement une alliance faite d’objectifs convergents. Et Venise possède un atout unique dans la société du Moyen-Age européen: une aristocratie qui ne répugne pas à travailler, qui n’hésite pas à investir son capital et à pratiquer un commerce dynamique, soutenue par une classe moyenne déjà bien définie. Cet aspect moderne sera à l’origine d’une richesse que peu de villes connaîtront.

Les Croisades furent à leur début un motif de grande perplexité pour Venise. Son sens pratique la portait à s’interroger sur l’intérêt que pouvait présenter pour elle une modification de l’équilibre méditerranéen qui lui avait jusqu’alors assuré ses revenus. Puis, constatant les avantages que ses grandes rivales Gênes et Pise avaient retirés de la première Croisade, elle n’eut plus aucune hésitation. Sa situation privilégiée entre l’Orient et l’Occident allait lui permettre de gérer entièrement le transport des Croisés et d’affirmer sa puissance sur les mers. Cette période culminera avec la prise de Constantinople en 1204, après laquelle Venise deviendra la maîtresse incontestée des mers et constituera son empire colonial. La ville est alors réorganisée d’un point de vue urbanistique et s’enrichit de nouveaux bâtiments ainsi que d’œuvres d’art provenant des villes conquises.

Au cours de la deuxième moitié du XIIIème s. éclate une longue guerre entre Venise et Gênes pour le contrôle des trafics commerciaux du Levant. Ce n’est qu’en 1381 que la paix est rétablie et la domination de Venise restaurée.

Ébranlée cependant par les menaces qui pèsent constamment sur sa suprématie maritime Venise entreprend au XIVème s. la conquête de la terre ferme: Vérone, Padoue, Trévise, Vicence, Belluno, Bassano, Brescia, Crémone passent sous domination vénitienne. Guerres dispendieuses et critiquées mais qui permettent de constituer, à côté de « l’état de mer », un « état de terre » qui se révélera utile pour contrebalancer le ralentissement du commerce maritime.

Le XVème s. est dominé par la menace turque.  Victoires et défaites s’alternent jusqu’à ce que Constantinople soit prise par les Turcs en 1453. En 1479 la paix entre Venise et les Turcs est enfin signée et Gentile Bellini se déplacera même à Constantinople pour faire le portrait de Mahomet II. Venise est de plus en plus belle et devient un centre artistique et intellectuel, raffiné et cosmopolite

la bataille de Lépante

Le début du XVIème s. est, en revanche, un temps de bouleversements des équilibres européens, marqué par l’affirmation de deux états « nationaux », la France et l’Espagne, qui feront de l’Italie un terrain de combats et entre lesquels Venise aura bien du mal à conserver son indépendance. De plus, les traffics commerciaux se tournent vers les Amériques et les deux Réformes bouleversent le mode de pensée qui était celui de la Renaissance. Venise doit froidement évaluer ses chances de survie dans le monde moderne qui est en train de se créer. « Détachement » est le terme qui décrit sans doute le mieux l’attitude qu’elle choisit, prudente neutralité dans les conflits européens, maintien conservateur de ses institutions et de son équilibre social intérieur, plan d’aménagement de la ville pour en faire la vitrine éblouissante de sa splendeur et impressionner les visiteurs. En 1570 pourtant Venise ne peut éviter le conflit avec les Turcs qui viennent de s’emparer de Chypre, possession vénitienne. La bataille de Lépante est la dernière grande victoire vénitienne.

Vers la fin du siècle s’aggrave un conflit longtemps réprimé mais jamais résolu entre Venise et Rome. Nominations des évêques, immunités ecclésiastiques, contrôle des juifs convertis, refus de Venise de se soumettre à l’Inquisition, autant de controverses qui aboutissent en 1606 à la rupture entre Venise et Rome. Il faudra l’intervention diplomatique de la France pour que les deux parties finissent par se réconcilier.

La décadence vénitienne

La terrible peste de 1630 marque le début de la décadence vénitienne et la guerre de Candie lui enlève ses dernières forces. Elle cesse d’être le grand centre d’échanges commerciaux qui avait dominé une partie du monde. Le choix de la neutralité s’impose plus que jamais, de même que la conservation du cadre institutionnel intérieur. Ville épuisée qui s’étourdit de plaisirs, la fête est continuelle, le Carnaval dure plus de 6 mois. C’est dans une ville sans résistance que Bonaparte entre en 1797, une ville consciente qu’elle n’a plus aucun rôle politique ni économique à jouer dans le nouveau monde. La République est abolie. En 1805 Venise est annexée au royaume d’Italie. Peu à peu elle deviendra un lieu mythique dans lequel s’incarneront les fantasmes des différentes époques qui suivront.

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