Visiter Venise

A quoi pensez-vous quand vous entendez le nom de Venise?

A sa splendeur, à ses ors, à la place Saint-Marc, aux palais du Grand Canal ?

Venise un carrefour entre Orient et Occident

Venise est bien cet écrin magnifique mais c’est aussi une ville qui a conservé tout le charme des ruelles labyrinthiques menant à des places lumineuses et le mystère d’un port au carrefour de l’Orient et de l’Occident où se mêlèrent différentes influences artistiques et philosophiques.

C’est aussi une ville qui lutte contre un milieu difficile mais où la vie peut être douce, loin des impératifs du monde contemporain, une coquille dans laquelle on peut se mettre à l’écoute de soi et retrouver le luxe perdu de la lenteur.

La cité des Doges est dans une lagune

Venise n’est pas née d’un seul coup de la mer, comme Vénus. Cette ville puissante et fragile est le résultat d’un travail séculaire, patient, ingénieux.

lagune de venise italieConstruire une ville dans un marécage, sur des îlots affleurant à la surface de la lagune et souvent recouverts par l’eau, a été un grand défi, que la nécessité d’échapper aux déferlements des hordes barbares rendait pourtant impératif. Les premiers habitants se sont mis à l’œuvre pour bonifier les îlots, les rendre habitables.

Venise repose sur une véritable forêt de pieux en chêne-rouvre et en mélèze, une forêt invisible qui est pourtant la condition de son existence. Songez que pour construire l’église de la Salute il a fallu plus d’un million de pieux! Jour après jour les Vénitiens, qui n’étaient au départ que de modestes sauniers et pêcheurs, ont inventé des merveilles d’ingénierie.

Les puits de Venise

Les puits par exemple, indispensables mais impossibles à réaliser dans une ville située sur une lagune d’eau saumâtre, sont en fait des citernes filtrantes. Elles sont constituées d’une cuve en argile remplie de sable.

Puit à VeniseDeux ou quatre puisards recueillent l’eau de pluie qui passe à travers la couche de sable destinée à la purifier et est ensuite ramenée à la base du puits. Encore une fois ce système est invisible, le seul élément apparent est la margelle qui souvent est une véritable oeuvre d’art. Ici se fait jour la mentalité moderne des Vénitiens : même les objets utilitaires doivent être beaux. Tout doit être beau. Tous les éléments constitutifs de Venise doivent s’inscrire dans une harmonie. La moindre arche de pont fait partie d’un paysage urbain où rien n’est laissé au hasard.

Les ponts de Venise

Les ponts justement. Il y en a plus de 400 ponts à Venise.

Autrefois ils n’avaient pas de parapets. Le seul exemple qui nous reste de ce type de pont est le Ponte Chiodo. Et jusqu’au XVème s. les ponts étaient très bas et presque plats.

400 ponts de Venise Mais la nécessité de développer le trafic aquatique a imposé la construction de ponts plus hauts et agrémentés de marches. Savez-vous que l’adoption de ces nouveaux ponts a entraîné la disparition des chevaux? Les pauvres bêtes avaient du mal à monter les marches et créaient des encombrements. C’est ainsi que les transports se sont faits uniquement par bateau ou à pied. On marche beaucoup à Venise. Et cette proximité des autres, de leurs voix, de leur présence physique, ce mélange de toutes les couches sociales contraintes de se côtoyer et d’endurer les mêmes difficultés de circulation, boue autrefois, aujourd’hui acqua alta, s’insérait parfaitement dans le programme de la République vénitienne où l’égalité occupait la première place.

Les constructions des palazzi de Venise

Un mur de maison à Venise est aussi le résultat d’un travail ingénieux, sur ce sol instable. Il faut enfoncer les pieux très profond, traverser la couche de boue et atteindre ce qu’on appelle le caranto, un sol compact formé d’argile et de sable.

Il faut ensuite poser un plancher en mélèze sur lequel on pourra construire les fondations. Et à intervalles réguliers, insérer dans le mur de briques une « rame » de bois qui permettra de mieux répartir les charges. Les murs sont élastiques, ils bougent lorsqu’il y a un tremblement de terre mais ne s’effondrent pas. Tout au plus ils s’enfoncent un peu, ce qui donne aux enfants la joie de pouvoir faire rouler leurs billes sur un plancher doucement incliné.

Un appartement vénitien est souvent biscornu, il y a des courants d’air partout, l’eau arrive difficilement aux étages supérieurs, la tuyauterie est souvent encore en plomb, sans compter l’humidité qui ronge le crépi, pourrit les tapisseries, fait gonfler les bois des fenêtres et vous rend rhumatisant dès l’âge de trente ans. Il faut s’adapter, acheter des Gortex et se dire qu’une tour en banlieue est peut-être plus confortable mais sûrement moins pittoresque.

La structure urbanistique et architecturale de Venise recèle encore d’autres surprises. Le charme des petites places, où il y avait autrefois des potagers, les fondamenta, les canaux. Une ville conçue par des marins, comme un bateau exigu sur lequel chaque chose doit être fonctionnelle.

Il y a tant de choses à dire sur Venise. Il faut la voir et s’y promener sans hâte, apprendre la leçon de vie qu’elle nous réserve.